1. Deux figures sur fond

FIGURE (saillance)

Discontinu

Morphologique (forme/matière)

Proche

Mobile

Variée

Mince

Fort

Aigu

Grain

Net

Intermittent

Recherche :

Soit de la différentiation entre les deux figures chacune restant en rapport avec le fond.

Soit de la fusion entre les deux figures.

Dans les deux cas, les figures se détachent bien du fond. Leurs contours sont nets, dessinés.

Exemple : Exemples sonores

François Bayle, Uirapuru (L'expérience acoustique) ou L'oiseau zen (trois visages d'oiseau)
Bob Vanderbob, L'arbre à son
François Bayle, L'expérience acoustique, Métaphore/lignes et points
Robert Normandeau, Mémoire vive

Fonction musicale (en conduite d'écoute acousmatique) :

Les figures réveillent ou maintiennent l'écoute attentive.

2. Deux fonds sur figure(s)

C'est une même recherche, mais le fond est plus travaillé grâce au mixage en contrepoint ou en fusion. Là ou les figures se trouvent plus « englobées », immergées dans la texture du fond. Leurs contours sont plus flous, tel un nageur sous l'eau aperçu à travers la surface de l'eau.

L'idée du rideau, chère à Pythagore et à François Bayle, qui masque et s'entrouvre sur des éléments/figures apparemment fugaces, en réalité importants, fait partie de cette technique d'écriture multicouches où la texture du fond prend plus de poids, tout en conservant sa fonction de fond, par l'existence même des figures.

Exemple : Exemples sonores

François Bayle, L'expérience acoustique, Métaphore/Lignes et points
François Bayle, L'expérience acoustique, La langue inconnue
David Fortez, Station diaphane

Fonction musicale (en conduite d'écoute acousmatique) :

L'ensemble crée une écoute d'ambiance (ambiophonique) plus globale, plus proche de la sensation impressionniste que de la représentation.

3. Polyphonies

3.1 Le tissage, la texture

Le travail de constitution d'une toile tissée (différente d'une trame) est une expérience originale, grâce à de multiples pré-mixages (en analogique) ou à un grand nombre de pistes utilisées (en numérique). C'est une sorte de « micro-mixage ». Les éléments utilisés sont de préférence courts.

Chaque voie de mixage est faite de variations diverses d'une même énergie-matière, chaque pré-mixage travaille des rapports d'amplitude différents entre ces matériaux (ce peut être, en numérique, différentes versions de pré-mixages copiées en autant de nouveaux fichiers-sons), de même que chaque mixage final, pour refaire une tapisserie dont le grain et les dessins, intégrés dans la polyphonie, ressortent comme mus par le mouvement du vent dans une tenture tissée. Nous pourrions y voir une analogie avec les peintures de Pollock.

Le temps est non linéaire, non téléologique, sans développement.

Exemple : Exemples sonores

François Bayle, Motion émotion
François Bayle, Grande Polyphonie 1
François Bayle, Vibrations composées : texture
Ingrid Drese, Papillon, Abîme, Nuit
Tomas Tallis, Spem in Alium
Robert Normandeau, Hamlet-Machine with actor

3.2 Le vitrail, la mosaïque.

Tout comme un vitrail est une mosaïque de couleurs contrastées et juxtaposées, la polyphonie des XIIIe et XIVe siècles est basée sur un cantus firmus extrait du chant grégorien, en valeurs longues, dont chaque changement de hauteur donne la sensation d'un changement de couleur sur laquelle se tissent les mélismes des autres voix ; ainsi, en collant, en montage catastrophe, ou par fondu-enchaîné des états variés de polyphonies tissées avec des matériaux semblables, variés par transpositions, colorations, amplitudes, disposition spatiale (si il s'agit d'une écriture multiphonique) ou profondeur de champ par exemple, ou présentant des morphologies différentes, on peut donner à entendre ces mêmes sensations de changements de couleur ou de température selon la terminologie employée par François Bayle.

Exemple : Exemples sonores

François Bayle, Grande Polyphonie, début de la 4e polyphonie
François Bayle, La fin du Bruit
Paul Dolden, Veil (introduction), par fondu-enchaîné
François Bayle, Toupie dans le ciel
Manuscrit de Montpellier, Ars Antiqua, 13e siècle, Celui sur qui

3.3 Le dessin complexe

Multiplier et superposer des figures morphologiquement très formées dans les sites aigus et médiums. Dessins actifs, dynamiques, prépondérants. La polyphonie naît du mélange de types de morphologies différents (percussion-résonance, grains, itérations, profils de masse, etc.)

Conseil : Commentaire

Le travail porte sur l'enchaînement et la superposition détaillée de chaque son. Travail de synchronisation. Il est plus précis dans le temps que le tissage/texture, qui est global.

Exemple : Exemples sonores

François Bayle, Grande Polyphonie, 2e polyphonie
François Bayle, Vibrations composées, rosace 5
David Fortez, Station porte

3.4 Les lignes et nœuds (divergence et convergence)

Jeu de lignes parallèles, de masse quelconque (mince ou épaisse) en développement continu, divergentes et convergentes vers des points de rencontre (nœuds), moments de contraction opposés au caractère des lignes, telles qu'on en rencontre dans les polyphonies primitives (organum) ou populaires (chants corses, polyphonies pygmées).

Le moment « nœuds » s'entend quand il y a changement brutal et synchrone de comportement. On le perçoit d'autant mieux s'il procède par contraste. Sa durée doit être équilibrée par rapport à ce qui le précède : trop court, il passe inaperçu ; trop long il devient lui même « ligne ».

Le jeu des divergences/convergences peut porter par exemple sur : Masse épaisse/masse mince ; Mobilité/immobilité ; Fréquences démultipliées/fréquence unique ; Sons/silence etc.

Conseil : Commentaire

La divergence suppose une évolution continue des voies de mixage dans le domaine temporel.

Exemple : Exemples sonores

François Bayle, Grande polyphonie aux lignes actives
François Bayle, La main vide I : Bâton de pluie
Bernard Fort, Fractals XVII (index 4 du CD)
Georgy Ligeti, Glissandi
Pygmées Bibayak du Gabon, Jeu de Jodl à 6 voix
Ars Nova, Solage, Fumeux fume par fumée (extrait)
Guillaume de Machaut, Honte paour doubtance

3.5 Les rythmes et vitesses

Jeu de rythmes répétés et différenciés, dont les rencontres des différentes couches, chaque fois renouvelées, maintiennent l'écoute.

Rythme : découpage temporel en cellules plus ou moins longues (plus la cellule est longue plus on s'approche d'une structure par phrasés) ou répétées.

Vitesse : sensation du temps liée à son déroulement (lenteur, rapidité) engendrée par la densité, la durée des événements, souvent leur site (un son aigu paraît plus rapide qu'un son grave).

Conseil : Commentaire

Il vaut mieux bien différencier les caractères des matériaux sonores de chaque voie de mixage, afin qu'on en perçoive la polyphonie rythmique.

Le travail de la répétition par « boucles » répétées et superposées sur elles-mêmes avec des facteurs de variations divers peut également rentrer dans ce cadre.

Exemple : Exemples sonores

Christian Calon, Le petit homme dans l'oreille
Pierre Henry, Mouvement, rythme, étude : la valse
Luc Ferrari, Ainsi continue la nuit dans ma tête multiple : 3e partie
Francis Dhomont, Forêt profonde, antichambre
David Fortez, Station Soupir
François Bayle, Vibrations composées II : polyrythmie
François Bayle, La main vide I
François Bayle, La main vide II
Paul Dolden, Dancing on the walls of Jericho
Paul Dolden, L'ivresse de la vitesse
Bernard Fort, Fractals V

3.6 Les mélismes sur ostinato

Ostinato : stabilité, permanence, simplicité, répétitivité sur grande échelle temporelle (isorythmie)

Mélisme : mobilité, fantaisie, complexité ornementale, volubilité changeante.

Rencontre de deux univers opposés : celui de la fantaisie, de l'improvisation, de la liberté, de la variabilité, et celui de la prévisibilité, de la répétition, de la continuité.

Le défi est dans la cohérence, le point commun à trouver.

Domaines possibles du point commun : fréquence (site), spectre (couleur), matière, plan dynamique (amplitude), déroulement temporel (vitesse), espace.

Une autre cohérence possible sera de créer un lien temporel, une relation de cause à effet dans la transformation éventuelle de l'ostinato, ayant des conséquences sur les mélismes.

Exemple : Exemples sonores

François Bayle, Vibrations composée : Petite Polyphonie
Michel Chion, La ronde : Jardin jadis
XV siècle, polyphonie anonyme, motet Veni Mater Gracie
Stephan Dunkelman, Hanna's Duet

3.7 Superposition polyphonique d'images

Constituer une icône (réaliste ou non) à partie de plusieurs i-sons[*] : un faux paysage.

Développer dans le temps les différentes parties d'une image, leurs traces, leurs di-sons. Entendre les icônes à travers leurs caractères, leurs contours, leurs traces.

Qu'est-ce qu'une image : sujet, fond, cadre et champ. Une image est informe, puis informée, contextuée. Les artifices recréent l'image dans l'illusion.

Exemple : Exemples sonores

François Bayle, Paysage, Personnage, Nuage, 1:34

Luc Ferrari, Ainsi continue la nuit dans ma tête multiple, 2:59

Christian Zanési, La Femme poisson : 5. Marseille 1
Jean-Claude Risset, Sud début 1er mouvement
Michel Chion, Été
Michel Chion, La ronde : jardin jadis
David Fortez, Station en long et en large
Jean-Marc Duchenne, Feuillets d'album, 1:34
Jean-Marc Duchenne, Feuillets d'album
Francis Dhomont, AvatArSon , Paysage
Annette Vande Gorne, Paysage-vitesse (pour une nuit hexoise) début